Sebastio Salgado, La Mine d'or de la Serra Pelada, 1986

Publié le par la guide du rout'art

salgado_pelada.jpgSebastio Salgado est né au Brésil en 1944. Face au durcissement de la dictature dans son pays, il décide en 1960 de partir pour la France avec sa femme. Economiste de formation, il devient photographe à partir de 1973, il travaillera ensuite dans les plus grandes agences de photojournalisme, notamment Magnum, durant 15 ans.

Dans les années 1980, les photojournalistes cherchent à affirmer une nouvelle identité, la photographie se veut pensée, recherchée et problématisée. Les clichés sortent des magazines, se présentent dans des expositions et des livres pour faire du photoreportage un objet culturel, voire artistique. La photo n’est plus prise sur le vif, des signes esthétiques apparaissent, comme par exemple le retour au noir et blanc.

Ici, le refus de la couleur brouille la vision, la clarté, et crée une confusion entre la terre et les hommes, il y a peu de contrastes mais plutôt un flot de nuances de gris. Le fond de l’image donne une impression de fourmilière, avec une multitude de petits personnages en mouvement. De plus, l’absence de ciel donne l’impression d’une mine gigantesque et emprisonnante. Enfin, le grain de l’image prise au Leica accentue le tout pour donner un effet de décor surnaturel qui rappelle les images de la tour de Babel, industrieuse et décadente.

Cette photographie fait partie du projet de livre La main de l'homme, dans lequel Salgado montre la destruction de la nature par l'homme, le travail manuel, et les travailleurs. Elle y est accompagnée de ce texte :

« Jamais depuis la construction des pyramides par des milliers d’esclaves ou la ruée vers l’or du Klondike en Alaska, on n’avait assisté à une tragédie humaine aussi épique : 50 000 hommes enfoncés dans la boue creusant pour trouver de l’or à Serra Pelada, dans l’État brésilien de Pará. […] »

Une opposition se crée entre l’homme statique au premier plan et le mouvement presque cinétique de tous les autres. La vue en plongée sur ce personnage seul et fixe, appuyé contre un poteau, nous renvoie à une image de crucifixion ou de saint Sébastien. Elle fait écho à l’idée de martyr, de sacrifice amplifiée par la misère de son vêtement. Ce garimpeiro (chercheur d’or) regarde vers la terre, source à la fois de la misère et de l’espoir de ces travailleurs. Par ce regard, Salgado met ainsi en valeur la relation particulière entre les mineurs et la terre.

Le photographe raconte ici sa vision du monde productiviste dans lequel nous vivons, il est une sorte de photographe-auteur, voulant rendre compte du monde. Cependant, cette photographie est très construite et on lui reproche parfois d'esthétiser la misère, de chercher à émouvoir sans informer. Lui affirme, par son origine brésilienne, connaitre cette misère et la comprendre. Dans cette photographie, les travailleurs sont d’une certaine manière héroïsés, montrés dans leur combat quotidien, dans leur vie. Pour cela, Salgado se situe dans la lignée des photographes humanistes tels que Doisneau. Enfin, son engagement constant dans plusieurs organismes humanitaires comme Médecins sans frontière montre le souci réel de Salgado pour les sujets qu’il traite dans ses photographies.

                Alliant une puissance esthétique et une conscience humaniste aigue, Sebastio Salgado fait de ces personnages des héros ordinaires pour lesquels nous avons à la fois de la compassion et de l’admiration. La misère n’est pas ici une chose contre laquelle on ne peut rien mais contre laquelle chacun se bat à son niveau, pour vivre.

 

Publié dans Oeuvres

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S
cool
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